Deux incisives isolées sous un champ opératoire bleu, avant une restauration collée.

Restaurations adhésives : reconstruire en conservant la dent.

Réparer une dent fragilisée en collant une restauration sur ce qui reste de sain, plutôt qu’en la recouvrant entièrement par une couronne.

Ce qui est retiré à une dent ne se reconstitue pas, et remplacer une restauration oblige souvent à retirer encore un peu de tissu sain. Préserver la dent aujourd’hui, c’est lui garder des solutions pour plus tard.

Le collage le permet. Composite posé au fauteuil, inlay, onlay, overlay ou facette : chaque restauration adhésive répond à une situation différente, et l’examen dit laquelle convient.

Dr Jérémy Haccoun, chirurgien-dentiste Mis à jour le

Les repères essentiels

Incisive cassée : composite ou céramique ?

Comprendre le collage

Ce que « coller » veut dire

Coller une restauration, c’est l’unir à la dent par une accroche microscopique. La surface de la dent est d’abord préparée, le plus souvent par un gel acide appliqué quelques secondes puis rincé : elle devient finement rugueuse. Une résine adhésive pénètre dans ces aspérités, puis durcit : elle relie la dent à la restauration.

Une fois collées, la dent et la restauration fonctionnent comme un seul ensemble, proche de la dent d’origine : c’est l’idée de la dentisterie dite biomimétique. La restauration n’a plus besoin d’une forme qui la retienne, comme les parois d’une couronne. La préparation peut donc suivre le contour du défaut, au lieu d’imposer une forme standard qui retirerait du tissu sain.

Émail et dentine, deux supports différents

Le collage n’a pas la même fiabilité partout. Sur l’émail, la couche dure et très minéralisée qui recouvre la dent, il est solide et étanche. Sur la dentine, le tissu situé dessous, plus humide et plus riche en fibres, il est plus délicat à réussir de façon durable.

C’est pourquoi l’émail est ménagé partout où c’est possible, en particulier sur les bords de la restauration, là où se joue son étanchéité. Quand une partie du collage repose sur la dentine, le protocole en tient compte.

Une dent gardée au sec

Le collage ne supporte pas d’être contaminé par la salive ou le sang. Pendant qu’il est réalisé, la dent est isolée, le plus souvent par une digue : une fine feuille souple, tendue autour des dents à traiter, qui les garde au sec.

Une revue Cochrane, qui a rassemblé en 2021 les essais disponibles, conclut avec un niveau de preuve faible que la digue pourrait réduire les échecs des restaurations réalisées directement en bouche, six mois après leur pose ; au-delà, les données ne permettent pas de conclure. Ce qui ne se discute pas, c’est que le collage doit être protégé de la salive pendant qu’il se fait : la digue est le moyen habituel d’y parvenir.

Quand l’envisager

Les situations les plus fréquentes

Une restauration adhésive s’envisage lorsqu’une dent a perdu une partie de sa substance ou de sa forme, et qu’il en reste assez pour coller. Quatre situations reviennent souvent.

Une dent fracturée
Un angle d’incisive cassé, une pointe de molaire (cuspide) fêlée puis détachée. Selon l’étendue, un composite posé au fauteuil ou une pièce collée reconstruit la partie manquante.
Une ancienne restauration importante
Un ancien amalgame, le « plombage » gris, ou un grand composite, fissuré ou infiltré. Lorsque les parois restantes sont fragiles, une pièce collée qui les recouvre peut les protéger sans couronner la dent.
Une dent usée
Des bords d’incisives raccourcis, des surfaces de mastication aplaties. Une fois la cause identifiée, la forme peut souvent être rétablie en ajoutant de la matière plutôt qu’en taillant.
Une forme à corriger
Une incisive trop petite, trop courte ou déséquilibrée par rapport à ses voisines. Le composite ou la facette céramique en corrigent la forme ; le choix dépend de ce qu’il faut changer.

Chacune se décide à l’examen : une même apparence peut cacher des situations différentes.

Quand le collage n’est pas la bonne réponse

Coller suppose un support assez sain, et une dent que l’on peut garder au sec. Une carie active, une gencive inflammée ou une racine à traiter passent d’abord. Une perte très étendue, des limites situées loin sous la gencive ou une dent qui n’a presque plus d’émail rendent le collage moins prévisible : une couronne peut alors rester la solution la plus sûre.

Un serrement ou un grincement des dents non contrôlé expose aussi toute restauration à des forces importantes. Il se prend en charge avant de reconstruire, quelle que soit la technique.

Les différentes restaurations

Directe ou indirecte

Une restauration directe est réalisée en bouche, en une séance ; une restauration indirecte est fabriquée en dehors de la bouche, puis collée lors d’un rendez-vous suivant. Les principales restaurations adhésives se répartissent ainsi.

Composite stratifié
Direct. Reconstruit une dent au fauteuil, couche par couche, en reproduisant ses nuances : angle cassé, carie, petite usure.
Composite injecté
Direct. Transfère en bouche une forme dessinée à l’avance, souvent sur plusieurs dents de devant.
Inlay, onlay, overlay
Indirect. Pièce collée sur une dent du fond : dans la cavité (inlay), sur un ou plusieurs reliefs de la face qui mastique (onlay), ou sur toute cette face (overlay).
Facette
Indirect. Fine pièce de céramique collée sur la face visible d’une dent de devant, pour en corriger la forme ou la teinte.

Le composite, une résine chargée de fines particules minérales, est posé couche par couche puis durci à la lumière. Les pièces indirectes sont fabriquées au laboratoire ou par usinage, à partir d’une empreinte ; elles sont le plus souvent en céramique, parfois en composite.

Le composite a deux atouts : il s’ajoute à la dent en ne retirant, le plus souvent, que ce qui est abîmé, et il se répare localement. Il convient aux pertes limitées ou moyennes, et aux corrections de forme sur les dents de devant.

Ses limites tiennent au volume et aux forces. Une grande reconstruction sur une molaire très sollicitée, ou des dents qui serrent beaucoup, le mettent à l’épreuve ; sa teinte et son brillant évoluent aussi davantage que ceux de la céramique, et se repolissent. Une revue de la littérature situe ses échecs entre 1 et 3 % par an sur les dents du fond, et entre 1 et 5 % sur celles de devant, avec de grands écarts selon le risque de carie, les forces de mastication et l’étendue de la restauration.

Les pièces collées : inlay, onlay, overlay

Quand une dent du fond a perdu davantage, ou que ses parois restantes sont fragiles, une pièce fabriquée puis collée la reconstruit. Elle recouvre ce qui doit être protégé, sans s’étendre au reste de la dent. Mesurée en laboratoire, la préparation d’une couronne complète retire entre les deux tiers et les trois quarts de la partie de la dent située au-dessus de la gencive ; les préparations partielles en retirent nettement moins.

Dans les études réunies par la revue systématique de Morimoto et ses collègues (2016), environ 91 % des inlays, onlays et overlays en céramique étaient toujours en place après dix ans ; les complications les plus fréquentes étaient les fractures et les éclats, puis les atteintes du nerf de la dent. Ce sont des moyennes : elles ne disent pas ce que deviendra une dent en particulier.

La place des facettes céramiques

Une restauration adhésive pour les dents visibles

Les facettes dentaires en céramique appliquent la même logique aux dents de devant. Une facette est une fine pièce de céramique collée sur la face visible d’une dent : elle tient par le collage, et c’est l’émail qui lui assure sa tenue dans le temps.

Elle s’envisage lorsque la forme, la teinte ou les proportions d’une dent ne peuvent pas être corrigées plus simplement : une coloration que l’éclaircissement ne suffit pas à corriger, une dent trop courte ou trop étroite, un bord usé, d’anciens composites devenus instables. Dans une autre revue systématique de Morimoto et ses collègues (2016), environ 89 % des facettes en céramique étaient toujours en place après un suivi médian de neuf ans.

Pourquoi l’indication se discute d’abord

Une facette demande le plus souvent une préparation de l’émail, faible et limitée à la zone à corriger, mais définitive. Avant de la proposer, l’examen vérifie qu’une solution plus simple ne suffit pas : un éclaircissement, un déplacement orthodontique, ou un composite ajouté en retirant peu ou pas de tissu. Il vérifie aussi l’émail disponible, la gencive, la façon dont les dents se rencontrent et la présence d’un serrement.

Le projet est ensuite dessiné puis, lorsque c’est possible, essayé en bouche avant toute préparation. Les indications détaillées, les étapes et des cas traités au cabinet sont réunis sur la page consacrée aux facettes céramiques.

Choisir, puis réaliser

Ce qui guide le choix

Il n’existe pas de restauration meilleure en soi : le choix se construit à l’examen clinique, complété si besoin par des radiographies. Chaque proposition est présentée avec ses bénéfices, ses limites, ses alternatives et son coût ; les montants de chaque restauration figurent dans le tableau des honoraires.

Cinq éléments orientent ce choix.

  1. Ce qui reste de la dent : l’épaisseur et la solidité des parois, la présence d’émail.
  2. L’emplacement du défaut : une dent visible ou une dent du fond, des limites proches ou non de la gencive.
  3. Les possibilités de collage : l’émail disponible, et la possibilité de garder la dent au sec.
  4. Les contraintes de mastication : la façon dont les dents se rencontrent, un serrement ou un grincement.
  5. Vos attentes : l’aspect recherché, le nombre de rendez-vous, le budget et l’entretien que vous acceptez.

Les grandes étapes

Une restauration directe se réalise le plus souvent en une séance. Une restauration indirecte en demande au moins deux, séparées par la fabrication de la pièce.

  1. L’examen établit le diagnostic et compare les options.
  2. Ce qui est abîmé est retiré : carie, ancienne restauration, parois trop fines pour être gardées. La forme suit le défaut.
  3. Pour une pièce fabriquée, une empreinte, souvent numérique, est prise, et une restauration provisoire protège la dent.
  4. La dent est isolée, puis la restauration est posée ou collée.
  5. L’occlusion est vérifiée et les surfaces sont polies.
  6. Un contrôle vérifie l’intégration de la restauration à distance.

Limites, suivi et entretien

Ce que le collage ne garantit pas

Aucune restauration n’est définitive, et aucune durée ne peut être promise. Avec le temps, une restauration peut s’user, s’ébrécher, se décoller, voir son bord se colorer, ou laisser une carie se former à sa limite.

Sa durée dépend moins du matériau que de la situation : le risque de carie, les forces de mastication et le serrement, l’étendue de la restauration, une dent dévitalisée ou non, la qualité du collage, et la régularité des contrôles.

Réparer avant de remplacer

Une restauration abîmée n’a pas toujours besoin d’être refaite entièrement. Un composite se répare souvent localement, en ajoutant de la matière sur la partie usée ou ébréchée ; une céramique peut parfois l’être, selon le défaut. Réparer évite de retirer de nouveau du tissu sain, ce qu’un remplacement complet demande souvent.

Les études qui comparent réparation et remplacement ne montrent pas de différence d’échec entre les deux, avec un niveau de preuve encore très faible. Quand le remplacement s’impose, il suit la même logique : retirer le moins possible, puis coller.

L’entretien au quotidien

Une restauration collée s’entretient comme une dent naturelle : brossage deux fois par jour, nettoyage entre les dents avec du fil ou des brossettes, et contrôles réguliers, à la fréquence fixée avec vous. Ces contrôles permettent de repolir, de retoucher ou de réparer tôt, avant qu’un petit défaut ne s’étende.

Si vous serrez ou grincez des dents, une gouttière de protection portée la nuit peut être proposée pour préserver les restaurations.

Comprendre avant de choisir.

Une restauration adhésive est-elle plus solide qu’une couronne ?

Pas nécessairement, et ce n’est pas son but. Sur les premières années de suivi publiées, les onlays et les couronnes partielles font jeu égal avec les couronnes, tout en retirant nettement moins de tissu ; les données à long terme manquent encore pour les départager. Lorsqu’il reste trop peu de dent pour coller de façon fiable, la couronne reste la bonne réponse.

Combien de temps dure une restauration collée ?

Aucune durée ne peut être garantie. Les chiffres publiés, présentés plus haut, sont des moyennes sur des groupes de patients et ne disent pas ce que deviendra une dent en particulier. La durée dépend surtout du risque de carie, des forces de mastication, de l’étendue de la restauration et de la régularité des contrôles.

Faut-il tailler la dent pour coller une restauration ?

Le plus souvent, on ne retire que ce qui est abîmé : la carie, une ancienne restauration, des parois trop fines pour être conservées. Un composite ajouté sur une dent saine ne demande presque aucune préparation ; une facette demande en général une réduction faible de l’émail. Ce qui est retiré ne se reconstitue pas : cette quantité se décide sur un projet, avant le geste.

Est-ce douloureux ?

Le soin se fait sous anesthésie locale lorsque le geste le demande. Après le collage, une sensibilité passagère peut survenir ; elle est généralement limitée et doit être réévaluée si elle persiste.

Références

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  5. Morimoto S, Rebello de Sampaio FBW, Braga MM, Sesma N, Özcan M. Survival rate of resin and ceramic inlays, onlays, and overlays: a systematic review and meta-analysis. J Dent Res. 2016;95(9):985-994. doi:10.1177/0022034516652848
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  7. Morimoto S, Albanesi RB, Sesma N, Agra CM, Braga MM. Main clinical outcomes of feldspathic porcelain and glass-ceramic laminate veneers: a systematic review and meta-analysis of survival and complication rates. Int J Prosthodont. 2016;29(1):38-49. doi:10.11607/ijp.4315
  8. Mendes LT, Pedrotti D, Casagrande L, Lenzi TL. Risk of failure of repaired versus replaced defective direct restorations in permanent teeth: a systematic review and meta-analysis. Clin Oral Investig. 2022;26(7):4917-4927. doi:10.1007/s00784-022-04459-0
  9. Loomans B, Opdam N, Attin T, Bartlett D, Edelhoff D, Frankenberger R, et al. Severe tooth wear: European consensus statement on management guidelines. J Adhes Dent. 2017;19(2):111-119. doi:10.3290/j.jad.a38102

Chaque situation
demande son diagnostic.

Les informations de cette page sont générales. Seul un examen clinique permet d’indiquer un traitement et d’en préciser les bénéfices, limites et alternatives.

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