À retenir
- Retrouvez le morceau, gardez-le dans de l’eau ou du sérum physiologique, et consultez vite. S’il est intact, il peut souvent être recollé : forme, teinte et texture sont celles de la dent.
- Une incisive qui n’a pas bougé dans l’os garde son nerf vivant dans presque tous les cas ; un choc qui l’a déplacée change le pronostic, d’où la radiographie et les contrôles à six semaines et à un an.
- Le composite reconstruit une incisive en une séance et se répare ; environ 9 sur 10 sont en place à dix ans. La céramique est réservée aux pertes importantes ou aux dents déjà très restaurées.
Que faire dans les premières heures ?
Cherchez le morceau, sur le sol, dans la lèvre parfois. Ne le frottez pas, ne le séchez pas : mettez-le dans un petit récipient avec de l’eau ou du sérum physiologique. Un fragment qui a séché peut être réhydraté au cabinet, mais un fragment gardé humide se recolle mieux. Consultez dans la journée si vous le pouvez.
Certains signes demandent de ne pas attendre : la dent a bougé ou s’est enfoncée, elle saigne au niveau de la gencive, elle fait mal au contact ou au froid de façon vive, ou un point rose ou rouge apparaît au centre de la cassure, signe que le nerf est exposé. Dans ces situations, la rapidité du traitement change le pronostic du nerf.
Évitez de mordre avec la dent, mangez tiède et mou, et prenez une photographie de la dent si vous le pouvez : elle servira de repère.
Que recherche l’examen ?
La profondeur de la cassure, d’abord. Une fracture peut n’intéresser que l’émail, la couche externe ; atteindre la dentine, la couche située dessous, plus sensible ; ou exposer la pulpe, le nerf de la dent, au centre. Chaque niveau se traite différemment.
Ensuite, ce qui ne se voit pas. Le choc qui a cassé la couronne a pu aussi déplacer la dent, fissurer la racine ou blesser l’os. L’examen teste la mobilité, la sensibilité au froid et la réaction à la percussion ; une radiographie recherche une fracture de racine ou une lésion. Si le morceau manque et que la lèvre est blessée, on la radiographie aussi : le fragment y est parfois logé.
Une dent qui ne répond pas au froid juste après un choc n’est pas forcément une dent dont le nerf est mort : il peut être sidéré pendant des semaines. C’est l’une des raisons du contrôle à distance.
Le morceau cassé peut-il être recollé ?
Oui, s’il est intact et s’il s’adapte encore à la dent. Il est réhydraté une vingtaine de minutes, puis collé avec la même colle et le même composite que pour une restauration, souvent renforcé par un léger biseau de composite sur la jonction. Rien ne reproduit mieux la forme, la teinte et l’usure d’une dent que son propre morceau.
Sa tenue est bonne mais pas illimitée. Dans une série de 75 fractures d’incisives suivies jusqu’à quinze ans, le fragment était encore en place dans 84 % des cas à deux ans, 75 % à cinq ans et 56 % à dix ans, mieux quand le nerf n’avait pas été exposé. Une méta-analyse estime le risque de perdre le fragment à environ un cas sur cinq, un peu plus qu’avec un composite. Quand il se décolle, il se recolle ou se remplace par un composite : rien n’est perdu.
Le composite : reconstruire la dent directement
Quand le morceau manque ou ne s’adapte plus, la dent est reconstruite en composite, dans la séance, sans rien retirer de ce qui reste. La technique, décrite sur la page de la stratification composite, superpose des couches de teintes et de translucidités différentes pour reproduire la dentine et l’émail, puis sculpte et polit la surface.
Sa durée est bien documentée. Dans une étude de 667 reconstitutions d’incisives et de canines, 92 % étaient en place à dix ans et 78 % à quinze ans ; en comptant les petites réparations, la dent restait restaurée dans 99 % des cas. Sur des dizaines de milliers de composites antérieurs suivis en cabinet de ville, le taux de reprise moyen est de 4,6 % par an, avec de grandes différences d’un praticien à l’autre. La cause de reprise la plus fréquente est un petit éclat, qui se répare sans tout refaire.
Le composite se retouche, se repolit et se répare ; il perd un peu de brillant avec les années et son bord peut se colorer. Ce qu’il demande ensuite est détaillé dans l’article sur la durée et l’entretien des composites.
Quand une facette ou une couronne est-elle préférable ?
Quand la perte de substance est importante, quand la dent porte déjà plusieurs composites anciens, ou quand la teinte doit être corrigée en même temps que la forme. Une facette en céramique recouvre la face visible de la dent ; une couronne, la dent entière, ce qui se justifie surtout sur une dent très délabrée ou dévitalisée. La céramique garde sa teinte et son état de surface, là où le composite évolue ; en contrepartie, elle demande une préparation de la dent et plusieurs rendez-vous. L’article composite ou céramique détaille ce choix.
Après un accident plus important, avec plusieurs dents touchées, la reconstruction se planifie par étapes : un cas du cabinet en montre un exemple.
Et si le nerf est exposé ?
On cherche d’abord à le garder vivant. Quand la pulpe est visible sur la cassure, on peut retirer sa partie superficielle, sur un ou deux millimètres, et la protéger par un ciment adapté : c’est la pulpotomie partielle. Elle est aujourd’hui préférée au traitement de racine même sur une dent adulte, et les revues rapportent 83 à 100 % de succès selon les séries, nettement plus qu’un simple pansement posé sur le nerf. La dent est ensuite restaurée par le fragment ou par un composite, comme les autres.
Le traitement de racine reste nécessaire quand le nerf ne peut pas être conservé, ou quand la dent est trop délabrée pour être restaurée sans tenon. Une dent dévitalisée après un choc peut foncer avec les années ; l’article sur les dents dévitalisées explique comment l’éclaircir.
Pourquoi contrôler la dent à six semaines, puis à un an ?
Parce que le nerf ne dit pas tout de suite comment il a supporté le choc. Dans une série de 455 incisives fracturées, le nerf a survécu dans 99 % des cas quand la dent n’avait pas bougé, et dans 70 % des cas seulement quand un déplacement était associé. Les recommandations internationales prévoient donc un contrôle clinique et radiographique à six ou huit semaines, puis à un an ; plus rapprochés si le nerf a été exposé ou si la dent a été déplacée.
Entre deux contrôles, trois signes doivent faire consulter : une dent qui change de couleur, une douleur qui apparaît ou persiste, un gonflement de la gencive au-dessus de la dent.
Questions fréquentes
Le morceau recollé tient-il aussi longtemps qu’un composite ?
Un peu moins, selon les études : environ trois fragments sur quatre sont encore en place à cinq ans, et le risque de décollement est un peu plus élevé qu’avec un composite. En échange, la forme et la teinte sont exactement celles de la dent, et un fragment décollé se recolle ou se remplace.
Une incisive cassée peut-elle être réparée le jour même ?
Le plus souvent, oui, par le fragment ou par un composite. Si le nerf est exposé ou si la dent a bougé, le traitement du jour porte d’abord sur cela, et la reconstruction peut se faire dans la même séance ou peu après.
La dent va-t-elle changer de couleur ?
Pas si le nerf reste vivant, ce qui est le cas le plus fréquent. Une dent qui grise dans les mois qui suivent signale souvent que le nerf n’a pas survécu : c’est l’un des signes surveillés aux contrôles, et cela se traite.
Faut-il mettre le morceau dans du lait ?
Le lait est conseillé pour une dent entière expulsée. Pour un morceau de couronne, les recommandations internationales indiquent de l’eau ou du sérum physiologique ; l’important est qu’il ne sèche pas.
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