À retenir
- Le bruxisme est une activité des muscles de la mâchoire, de jour ou de nuit : serrer, grincer, tenir la mâchoire crispée. Chez une personne en bonne santé, ce n’est pas une maladie mais un comportement, qui peut abîmer les dents et les restaurations.
- Des dents usées ne prouvent pas un bruxisme actuel : l’usure est le cumul d’une vie, et les acides ou le brossage y contribuent. Les études qui enregistrent les muscles la nuit ne trouvent pas plus d’activité chez les personnes usées.
- Avant des facettes ou des composites, on l’évalue : chez les personnes qui grincent, les facettes cassent nettement plus souvent. La gouttière protège les dents ; elle ne supprime pas le bruxisme, et rien ne le supprime tout à fait.
Qu’appelle-t-on bruxisme ?
Une activité des muscles de la mâchoire : grincer des dents, les serrer, ou simplement tenir la mâchoire crispée sans que les dents se touchent. Le consensus international qui fait référence en distingue deux formes selon le moment : le bruxisme du sommeil, qui alterne souvent des contractions rythmées et des serrements soutenus, et le bruxisme de l’éveil, plutôt fait de serrement ou de crispation, souvent sans en avoir conscience. Avoir l’un ne signifie pas avoir l’autre.
Le même consensus dit une chose utile : chez une personne par ailleurs en bonne santé, le bruxisme n’est pas une maladie. C’est un comportement, fréquent, qui peut devenir un facteur de risque pour les dents, les restaurations et les articulations, et qui, dans certaines situations, joue peut-être un rôle protecteur. On ne cherche donc pas à le « guérir » ; on cherche à savoir s’il est là, et ce qu’il fait.
Il est courant. Dans les enquêtes, un adulte sur quatre à un sur trois dit serrer les dents en journée, et environ 13 % disent grincer souvent la nuit. Ces chiffres reposent sur ce que les gens rapportent ; beaucoup l’ignorent, surtout la nuit.
Le bruxisme use-t-il forcément les dents ?
Il peut le faire. Quand les dents glissent les unes sur les autres avec force, l’émail s’use dent contre dent : les bords des incisives s’aplatissent, les pointes des canines s’émoussent, et des facettes d’usure plates apparaissent, qui s’emboîtent exactement avec celles de la dent d’en face. C’est ce qu’on appelle l’attrition.
Mais le lien n’est pas proportionnel. Certaines personnes qui grincent beaucoup ont des dents peu usées ; d’autres, qui grincent peu, présentent une usure marquée, parce que d’autres causes s’ajoutent : les acides, qui ramollissent l’émail et le rendent bien plus facile à user, un brossage trop appuyé, une salive peu abondante. L’article sur l’érosion décrit la part des acides. L’usure qu’on voit est la somme de tout cela, sur des années.
Des dents usées prouvent-elles un bruxisme ?
Non. Les surfaces gardent la trace de ce qui a eu lieu, sans dire quand. Une usure marquée peut raconter une période ancienne, un grincement d’adolescence par exemple, autant qu’une activité toujours présente.
Les études qui ont enregistré l’activité des muscles pendant le sommeil le montrent. Chez de jeunes adultes, ceux qui présentaient une usure nette n’avaient pas plus d’activité nocturne que ceux dont les dents étaient intactes, même s’ils rapportaient plus souvent des grincements et une mâchoire fatiguée au réveil. Dans une autre étude, l’usure distinguait bien les personnes qui grincent de celles qui ne grincent pas, mais ne disait rien de l’intensité du grincement. L’absence d’usure rend un bruxisme important peu probable ; sa présence ne le confirme pas.
Se tromper coûte dans les deux sens. Attribuer une usure au grincement laisse une autre cause agir sans être reconnue, un reflux par exemple. Écarter l’hypothèse sans l’examiner revient à poser des restaurations sous une contrainte qui les cassera.
Comment le dentiste l’évalue-t-il ?
En rassemblant ce qui converge. Ce que vous rapportez d’abord : une mâchoire lourde ou douloureuse au réveil, des tensions dans les tempes, un bruit de grincement signalé par la personne qui dort à côté, des dents sensibles au froid le matin, des composites ou des facettes qui s’ébrèchent à répétition, l’habitude de serrer les dents quand vous vous concentrez. Ce que l’examen montre ensuite : des facettes d’usure qui s’emboîtent, des muscles des joues volumineux ou sensibles, des marques sur le bord de la langue ou sur l’intérieur des joues, des fêlures dans l’émail.
Le consensus international classe le résultat en trois niveaux : bruxisme possible, quand vous le rapportez ; probable, quand l’examen retrouve des signes ; certain, quand un enregistrement des muscles ou du sommeil le mesure. Cet enregistrement n’est pas nécessaire en pratique courante ; il sert quand la réponse change réellement la décision.
Ce que l’examen ne peut pas conclure, il vaut mieux le dire que le deviner : un bruxisme probable reste probable. La décision de restaurer en tient compte comme d’un risque, pas comme d’une certitude.
Qu’est-ce qui le favorise ?
Le stress et l’anxiété, au premier rang dans les études, avec des preuves de qualité modeste. L’alcool, le tabac et la caféine à forte dose, dont les revues trouvent qu’ils augmentent nettement la probabilité de grincer la nuit. Certains antidépresseurs, comme la paroxétine, la venlafaxine ou la duloxétine, sont associés au bruxisme du sommeil dans les études ; d’autres ne le sont pas. Si vous en prenez, il ne s’agit pas de l’arrêter, mais d’en parler avec le médecin qui le prescrit.
Deux idées reçues méritent d’être écartées. La première : « c’est parce que mes dents ne s’emboîtent pas bien ». Les revues ne trouvent aucune preuve que la façon dont les dents se rencontrent cause le bruxisme, ni que la corriger le fasse disparaître. La seconde : « c’est lié à l’apnée du sommeil ». Le lien a été proposé, mais la méta-analyse la plus récente ne le retrouve pas de façon nette. Ronflements, réveils fréquents et fatigue dans la journée justifient malgré tout un bilan du sommeil, pour eux-mêmes.
Que change-t-il avant de restaurer des dents ?
Beaucoup. Chez les personnes qui grincent, les facettes en céramique cassent bien plus souvent : dans une série de 318 facettes suivies jusqu’à vingt ans, le risque d’échec était multiplié par près de huit ; une méta-analyse retrouve un risque deux fois et demie à sept fois plus élevé. Les composites s’ébrèchent davantage, et les pièces collées sur les dents du fond aussi.
L’évaluation vient donc avant la décision. Selon ce qu’elle montre, on choisit un matériau plus résistant, un dessin de restauration qui expose moins les bords, on diffère le projet le temps de stabiliser la situation, ou l’on suit simplement les choses de plus près. Et l’on prévoit la gouttière dès le départ, plutôt qu’après le premier éclat. La page consacrée à l’usure dentaire replace ce facteur parmi les autres mécanismes et dans l’ordre des décisions.
La gouttière : ce qu’elle fait, et ce qu’elle ne fait pas
Elle interpose entre les dents une surface qui s’use à leur place. Portée la nuit, elle protège les dents et les restaurations des forces du grincement : c’est son rôle, et il est logique, même si aucun essai randomisé n’a mesuré directement l’usure évitée.
Elle ne supprime pas le bruxisme. Les études qui enregistrent les muscles trouvent une baisse de l’activité chez certains, modeste, variable, et non démontrée à long terme ; la revue Cochrane sur le sujet conclut que les preuves ne permettent pas de dire qu’elle traite le grincement. On la porte pour ce qu’elle protège, pas pour ce qu’elle guérirait.
Une gouttière se fait sur mesure, d’après une empreinte, et se contrôle : elle s’use, elle peut se déformer, et son ajustement se vérifie aux visites. Son indication et son type dépendent de la situation ; ils se décident à l’examen.
Peut-on le faire disparaître ?
Pas complètement, et aucun traitement ne le promet. Ce qui est possible : réduire ce qui l’entretient, alcool, tabac, café tard dans la journée, sommeil irrégulier ; apprendre à repérer le serrement de jour et à relâcher la mâchoire, ce que des exercices simples ou un rappel régulier aident à faire ; protéger les dents la nuit. Les médicaments et la toxine botulique ont été étudiés, avec des résultats contradictoires et des effets limités dans le temps : ils relèvent de situations particulières, pas de la prise en charge courante.
Un dernier mot sur ce que le bruxisme n’est pas : un problème à résoudre avant de pouvoir vivre normalement. Beaucoup de personnes grincent toute leur vie sans dommage notable. Ce qui compte, c’est de le savoir avant de faire un choix qui en dépend.
Questions fréquentes
Mon conjoint m’entend grincer la nuit : dois-je consulter ?
Oui, sans urgence. Ce témoignage compte parmi les signes les plus utiles. L’examen cherchera ce qui converge, et décidera s’il y a quelque chose à protéger.
Le bruxisme abîme-t-il les facettes et les composites ?
Il en augmente nettement le risque de casse : les facettes des personnes qui grincent échouent plusieurs fois plus souvent dans les études. C’est pour cela qu’on l’évalue avant, et qu’on protège les restaurations par une gouttière la nuit. L’article sur la durée des facettes en donne les chiffres.
Corriger l’occlusion supprime-t-il le bruxisme ?
Non. Les revues ne trouvent aucune preuve que la façon dont les dents se rencontrent cause le bruxisme, ni que la modifier le fasse cesser. Meuler des dents pour cela retire de l’émail sans bénéfice démontré.
Une gouttière vendue en pharmacie suffit-elle ?
Elle interpose une épaisseur, mais elle n’est pas ajustée à vos dents ni contrôlée. Une gouttière faite sur empreinte tient mieux, répartit mieux les forces et se vérifie aux contrôles. Si vous en portez une du commerce, parlez-en à l’examen.
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