Les incisives du haut vues de près, aux bords usés et raccourcis, avant traitement.

Usure dentaire : comprendre les causes et les traitements.

Avant de reconstruire des dents usées, il faut comprendre pourquoi elles s’usent et vérifier si cette usure continue de progresser.

Selon la situation, une surveillance, des mesures de protection ou une restauration peuvent être proposées.

L’émail perdu ne se reconstitue pas. La prise en charge vise donc d’abord à identifier les mécanismes en cause et à limiter leur action, puis à déterminer ce qui nécessite une reconstruction. Le frottement entre les dents, l’acidité et certaines habitudes peuvent se combiner et demandent des réponses adaptées.

Dr Jérémy Haccoun, chirurgien-dentiste Mis à jour le

Les repères essentiels

Voir la réhabilitation complète d’un sourire usé

Reconnaître l’usure dentaire

Qu’est-ce que l’usure dentaire ?

L’usure dentaire correspond à une perte progressive et irréversible des tissus de la dent. Elle touche l’émail, puis la dentine lorsque celle-ci est exposée. Une certaine usure accompagne normalement le fonctionnement des dents au fil des années.

Elle demande une attention particulière lorsqu’elle progresse plus vite que ne le laisse attendre l’âge, expose la dentine ou modifie la façon dont les dents se rencontrent. Une sensibilité peut aussi apparaître. Pour évaluer son évolution, la comparaison entre plusieurs examens est plus informative qu’une observation isolée.

Quels signes peuvent évoquer une usure des dents ?

Plusieurs changements peuvent être observés :

  1. Des dents qui semblent raccourcir, avec des bords d’incisives plus plats ou plus translucides.
  2. Des pointes de canines qui s’arrondissent.
  3. De petits creux sur les surfaces de mastication, parfois entourés d’un bord d’émail resté plus haut.
  4. Une sensibilité au froid ou l’impression que les dents ne se rencontrent plus comme avant.

Aucun de ces signes ne permet, à lui seul, de poser un diagnostic. Leur association justifie un examen.

Avant et après, les dents du haut vues de face sur fond noir : des bords libres usés et irréguliers, puis des bords reconstruits, réguliers d’une dent à l’autre.
Des bords libres aplatis et raccourcis par l’attrition, chez un patient venu pour une demande esthétique, sans douleur ; en bas, les mêmes dents après la reconstruction. Cas détaillé dans la galerie des cas cliniques.

Comprendre les causes de l’usure

Attrition, érosion et abrasion : les mécanismes de l’usure

Trois mécanismes principaux peuvent abîmer la surface des dents. Les distinguer permet d’adapter la prise en charge.

Attrition
L’usure liée au frottement des dents entre elles, pendant la mastication ou le serrement.
Érosion
La dissolution chimique de l’émail sous l’effet d’acides provenant de l’alimentation ou de l’estomac.
Abrasion
L’usure provoquée par un élément extérieur, comme un brossage trop appuyé ou un objet mordillé.

Ils coexistent presque toujours. Quelqu’un qui serre les dents et consomme des boissons acides subit les deux, et l’exposition acide rend temporairement la surface dentaire plus vulnérable aux sollicitations mécaniques. Reconnaître celui qui domine oriente toute la suite.

Quel est le rôle du bruxisme dans l’usure dentaire ?

Serrer ou grincer des dents augmente les contraintes sur leurs surfaces. Le bruxisme peut contribuer à l’usure, mais il n’en explique pas toutes les formes. Des dents usées ne suffisent donc pas à établir ce diagnostic : il faut évaluer si un bruxisme est présent et actif.

Lorsqu’il est actif, le prendre en charge avant de reconstruire évite de confier une restauration neuve aux forces qui ont abîmé la précédente.

Comment l’acidité contribue-t-elle à l’usure ?

Les acides ramollissent l’émail avant de le dissoudre. Ils peuvent provenir de l’alimentation, notamment des agrumes, des sodas, des boissons énergisantes ou des vinaigres, mais aussi de l’estomac en cas de reflux.

Identifier leur origine permet d’adapter la réponse. Une exposition alimentaire conduit à revoir les habitudes concernées ; un reflux nécessite un avis médical. Et aucune restauration ne dure tant que la source acide persiste.

Comment évaluer l’usure dentaire ?

L’examen recherche les mécanismes en cause, vérifie s’ils sont encore actifs et évalue leurs conséquences. Il tient compte de l’aspect des surfaces usées, de la façon dont les dents se rencontrent, appelée occlusion, et de l’espace disponible entre les arcades. Vos habitudes alimentaires et les autres habitudes susceptibles de solliciter les dents sont également examinées.

Les photographies et les empreintes numériques constituent des repères. Leur comparaison au fil des consultations permet de vérifier si l’usure progresse.

Choisir une prise en charge adaptée

Quand une surveillance peut-elle suffire ?

Une usure qui évolue peu ou reste stable, sans gêner le fonctionnement des dents, nécessite souvent un suivi plutôt qu’une reconstruction. Les photographies et les empreintes permettent de comparer la situation dans le temps.

Cette surveillance évite de restaurer les dents par précaution lorsqu’aucun bénéfice n’est attendu de l’intervention.

Comment agir sur les causes de l’usure ?

Lorsque l’usure reste active, la prise en charge de ses causes précède ou accompagne la reconstruction. Selon la situation, elle peut consister à modifier certaines habitudes alimentaires, à corriger un brossage trop appuyé, à faire évaluer un reflux par un médecin ou à porter une gouttière la nuit lorsque le serrement le justifie.

La gouttière protège les dents des contraintes, mais elle ne supprime pas leur origine. Elle ne remplace donc pas la recherche des causes de l’usure.

Quand faut-il reconstruire les dents usées ?

La restauration devient nécessaire lorsque la perte compromet la fonction, découvre la dentine, ou modifie assez les formes pour que la personne en soit gênée.

Elle n’est pas la réponse par défaut. Reconstruire une denture dont la cause reste active revient à remplacer un tissu par un matériau qui subira exactement les mêmes forces.

Restaurer sans avoir compris, c’est confier au matériau les contraintes qui ont usé la dent.

Le wax-up numérique complet d’une réhabilitation : les nouvelles formes dessinées par-dessus les dents usées, à la dimension verticale définie, avant tout geste sur les dents.

Reconstruire les volumes en préservant les dents

Lorsque la situation le permet, les techniques adhésives redonnent du volume aux dents en ajoutant de la matière, tout en limitant leur préparation.

Les nouvelles formes sont conçues à l’avance. Lorsque c’est possible, un essai en bouche permet d’en apprécier les volumes avant de décider de la reconstruction définitive.

Composite ou céramique pour restaurer des dents usées ?

Le composite est réalisé directement au fauteuil et peut être retouché ou réparé. La céramique est fabriquée au laboratoire et conserve généralement mieux son état de surface avec le temps.

Le choix dépend de l’étendue de l’usure, de l’espace disponible, des contraintes exercées sur les dents et des reprises qui pourront être nécessaires. Aucune de ces solutions n’est supérieure dans toutes les situations.

Le coût dépend du nombre de dents à reconstruire, de la technique retenue et des étapes du projet. Les montants des différentes restaurations figurent dans le tableau des honoraires. Un devis précise la proposition avant toute décision.

Avant et après, les deux arcades vues de face sous écarteurs : des dents usées, raccourcies et jaunies, puis les dents reconstruites en céramique, plus longues et régulières.
Le même patient, les deux arcades avant et après la réhabilitation complète : la hauteur des dents retrouvée, la dimension verticale rétablie. Résultat individuel.
Avant et après, le sourire d’un homme vu de face : des dents usées et raccourcies, puis des dents reconstruites en céramique, plus longues et plus claires.
Ici, le choix s’est porté sur des restaurations en céramique monolithique maquillée, pour limiter le risque d’éclat dans un contexte de bruxisme sévère. Le sourire avant et après, six mois de traitement.

Comment restaurer les molaires et prémolaires usées ?

Les molaires et les prémolaires usées peuvent souvent être restaurées par des pièces partielles collées. Elles reconstruisent la surface de mastication sans recouvrir toute la dent d’une couronne.

L’épaisseur de dent restante et les contraintes de mastication orientent à la fois la forme de la restauration et le choix du matériau.

Le suivi après la reconstruction des dents

Aucune reconstruction ne tient si la cause n’a pas été maîtrisée. Les contrôles vérifient la stabilité des restaurations, l’état des tissus, et l’évolution sur les dents qui n’ont pas été traitées.

C’est ce regard répété dans le temps, plus que la technique employée un jour donné, qui décide du résultat.

Questions fréquentes sur l’usure dentaire

Quand faut-il traiter des dents usées ?

Toutes les usures ne nécessitent pas une reconstruction immédiate. La prise en charge commence par l’identification de la cause, puis par l’analyse de l’occlusion et de l’évolution dans le temps. C’est ce diagnostic qui indique s’il faut surveiller, protéger ou restaurer.

Peut-on reconstruire des dents usées sans les tailler davantage ?

Lorsque le contexte le permet, des techniques adhésives additives peuvent restaurer les volumes en limitant la préparation des dents. Le projet numérique et le mock-up permettent d’évaluer ces volumes avant d’intervenir.

L’origine de l’usure change-t-elle la prise en charge ?

L’érosion, le bruxisme et certaines habitudes peuvent agir seuls ou ensemble, et leur identification précède le projet restaurateur. Le suivi, la maîtrise des facteurs de risque et parfois une gouttière accompagnent le traitement.

Références

  1. Loomans B, Opdam N, Attin T, Bartlett D, Edelhoff D, Frankenberger R, et al. Severe tooth wear: European consensus statement on management guidelines. J Adhes Dent. 2017;19(2):111-119. doi:10.3290/j.jad.a38102
  2. Schlueter N, Amaechi BT, Bartlett D, et al. Terminology of erosive tooth wear: consensus report of a workshop organized by the ORCA and the Cariology Research Group of the IADR. Caries Res. 2020;54(1):2-6. doi:10.1159/000503308
  3. Carvalho TS, Colon P, Ganss C, et al. Consensus report of the European Federation of Conservative Dentistry: erosive tooth wear, diagnosis and management. Clin Oral Investig. 2015;19(7):1557-1561. doi:10.1007/s00784-015-1511-7
  4. Lobbezoo F, Ahlberg J, Raphael KG, et al. International consensus on the assessment of bruxism: report of a work in progress. J Oral Rehabil. 2018;45(11):837-844. doi:10.1111/joor.12663
  5. Bartlett D, Ganss C, Lussi A. Basic Erosive Wear Examination (BEWE): a new scoring system for scientific and clinical needs. Clin Oral Investig. 2008;12 Suppl 1:S65-68. doi:10.1007/s00784-007-0181-5

Chaque situation
demande son diagnostic.

Les informations de cette page sont générales. Seul un examen clinique permet d’indiquer un traitement et d’en préciser les bénéfices, limites et alternatives.

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