Une perte sans frottement.
Un acide n’a pas besoin de mouvement pour agir. Là où il reste en contact avec la dent, il dissout peu à peu les minéraux de la surface, et il le fait sur toute la zone qu’il atteint, pas seulement aux endroits où deux dents se rencontrent ou bien où quelque chose appuie.
C’est ce qui donne à l’érosion son allure particulière. La perte peut être diffuse, régulière, et progresser sans qu’aucun geste ne la signale : elle ne suppose ni effort, ni habitude visible.
Ce qui compte, c’est la répétition de l’exposition.
Le risque ne dépend pas uniquement de ce qui est consommé, mais aussi de la répétition des expositions, de leur durée et du contexte dans lequel elles surviennent.
Une même quantité prise en une fois ou étalée sur la journée ne place pas la surface dans la même situation. Garder longtemps en bouche, boire par petites gorgées répétées, revenir souvent : ce sont des manières de faire, et elles allongent le temps pendant lequel la surface reste exposée.
Une exposition acide peut aussi venir de l’intérieur de l’organisme. Lorsqu’une origine médicale est suspectée, son évaluation ne relève pas du seul examen dentaire.
Toutes les expositions n’ont pas le même effet.
La bouche ne subit pas passivement ce qu’elle reçoit, et il vaut la peine de distinguer ce que la salive fait de ce qu’elle ne fait pas.
Elle dilue ce qui arrive et possède un pouvoir tampon : elle ramène peu à peu l’acidité vers un niveau moins agressif. Quand l’environnement redevient moins acide, les conditions sont plus favorables à une reminéralisation partielle de la surface encore présente. En revanche, le tissu dentaire déjà perdu ne se reconstitue pas.
Dans l’intervalle, une surface récemment exposée à l’acidité peut se montrer temporairement plus vulnérable aux sollicitations mécaniques qu’elle subit par ailleurs.
La salive n’est pas le seul facteur en jeu. Elle rappelle qu’une exposition ne se lit jamais seule : deux personnes exposées à la même chose ne s’usent pas au même rythme.
Ce que l’érosion n’est pas.
Perdre de la substance ne signifie pas avoir une carie, et ne signifie pas davantage que quelque chose a frotté.
L’érosion procède d’une exposition acide qui n’est pas d’origine bactérienne. Dans le processus carieux, l’acidité est produite sur place par les bactéries du biofilm, à partir de certains glucides présents dans l’alimentation. Deux histoires distinctes, donc, que rien n’empêche de se rencontrer chez la même personne.
Faire la part des choses relève de l’examen clinique : la page consacrée à l’usure dentaire en décrit la démarche.