À retenir

  • Une dent dévitalisée fonce parce que des résidus de sang et de tissu nerveux, ou certains matériaux, imprègnent la dentine. Un choc ancien en est la cause la plus fréquente.
  • L’éclaircissement interne se fait en deux à quatre applications d’un gel placé dans la dent, renouvelé toutes les une à deux semaines, après contrôle du traitement de racine et pose d’une barrière étanche.
  • Le résultat est bon dans près de neuf cas sur dix ; il peut s’estomper avec les années et se retouche. La complication redoutée, une résorption de la racine, est devenue rare avec les protocoles actuels.

Pourquoi une dent dévitalisée fonce-t-elle ?

Une dent dévitalisée est une dent dont le nerf est mort ou a été retiré. Quand le nerf meurt, souvent après un choc, le sang qui l’irriguait se dégrade dans la chambre pulpaire, la cavité au centre de la dent. Ses pigments imprègnent la dentine, la couche située sous l’émail, et la dent vire au gris, au brun ou au jaune foncé. La dentine, qui n’est plus nourrie, devient aussi plus opaque avec les années.

Les matériaux comptent aussi. Des restes de tissu nerveux laissés dans la chambre, un ancien amalgame ou certains ciments d’obturation peuvent colorer la dent de l’intérieur. Dans une série de 255 dents traitées pour cette raison, un traumatisme était en cause dans 59 % des cas, un traitement dentaire antérieur dans 24 %, une mort du nerf sans choc identifié dans 14 %.

Cette coloration vient de l’intérieur. Un éclaircissement classique, appliqué sur l’extérieur de la dent, l’atteint mal ; c’est pourquoi on traite ces dents par l’intérieur.

Que vérifie-t-on avant de traiter ?

D’abord la racine. Une radiographie montre si le traitement de racine est complet et étanche, s’il existe une infection au bout de la racine, et s’il y a une résorption, c’est-à-dire une zone où la racine se creuse. Un traitement incomplet ou une infection se traitent avant tout éclaircissement ; sinon le gel n’a pas d’endroit sûr où agir.

Ensuite la dent elle-même : ce qu’il reste de sa couronne, les restaurations en place, la solidité de ce qui subsiste. Et enfin la couleur : celle de la dent, celle de ses voisines, et ce que vous attendez. Une photographie du départ permettra de mesurer le chemin parcouru.

Une dent qui a foncé après un choc mérite un mot de plus : le choc lui-même augmente le risque de résorption, indépendamment de l’éclaircissement. La radiographie de départ sert aussi de point de comparaison pour la suite.

Comment se passe un éclaircissement interne ?

Tout se fait par l’arrière de la dent. On rouvre l’accès à la chambre pulpaire, on nettoie ce qui pourrait colorer, et on retire le sommet de l’obturation de racine sur quelques millimètres, jusque sous le collet. Une barrière étanche est alors posée sur l’obturation : c’est elle qui protège la racine et l’os du gel.

Un gel de peroxyde de carbamide est placé dans la chambre, puis la dent est refermée par un pansement. Le gel agit pendant une à deux semaines, à la maison, sans rien à faire. On le renouvelle en général deux à quatre fois, en contrôlant la teinte à chaque rendez-vous. Il est parfois complété par un éclaircissement externe sur la même dent, ou sur les dents voisines si elles doivent être éclaircies aussi. Un cas clinique de blanchiment interne montre cette association, avant et après.

Quand la teinte convient, la chambre est rincée et refermée par un composite, après quelques jours d’attente pour que le collage soit fiable. Aucune préparation de l’extérieur de la dent, aucun tissu retiré.

Quel résultat peut-on attendre ?

Un rapprochement net de la teinte des dents voisines, dans la plupart des cas. Une méta-analyse de huit essais cliniques chiffre le gain moyen à plus de six teintes sur l’échelle des teintiers, quel que soit le gel utilisé. Dans la série de 255 dents citée plus haut, le résultat a été jugé bon dans 87 % des cas et acceptable dans les autres.

Les dents grises et jaune clair répondent mieux ; les dents jaune foncé ou noires demandent davantage d’applications. Le résultat n’est pas garanti pour une dent donnée, et une correspondance parfaite avec les dents voisines n’est pas toujours atteinte.

Avec les années, la dent peut refoncer un peu. Dans une série suivie seize ans, la teinte était restée stable pour 63 % des dents ; une autre, suivie vingt-cinq ans, rapporte 85 % de résultats maintenus. Une retouche par le même procédé reste possible, à condition que la dent soit toujours saine.

Quels sont les risques ?

Le risque principal s’appelle la résorption cervicale externe : la racine se creuse au niveau du collet, sous la gencive, sans douleur au début. Elle a été décrite avec les anciens protocoles, qui utilisaient de l’eau oxygénée à 30 % chauffée dans la dent, et surtout sur des dents ayant subi un choc. Avec un gel peu concentré, sans chaleur, et une barrière étanche sur la racine, les grandes séries récentes n’en rapportent aucun cas ; il reste un risque connu, qu’un contrôle radiographique permet de surveiller.

En Europe, le perborate de sodium, longtemps utilisé pour ce traitement, n’est plus autorisé dans les produits cosmétiques. Les gels employés aujourd’hui sont à base de peroxyde de carbamide ou d’hydrogène, réservés aux chirurgiens-dentistes.

Les autres inconvénients sont mineurs : une teinte qui dépasse un peu celle des voisines, corrigée en arrêtant plus tôt ; un pansement qui se décolle, à refaire sans attendre ; et l’absence de résultat, rare, qui conduit aux solutions suivantes.

Et si l’éclaircissement ne suffit pas ?

On masque, avec la solution qui retire le moins. Un composite posé sur la face visible peut couvrir une teinte encore un peu foncée. Une facette en céramique fait mieux et dure plus longtemps ; sur une dent sombre, on choisit alors une céramique plus opaque, ce que détaille l’article sur le choix de la céramique. La couronne, qui entoure toute la dent, vient en dernier.

L’ordre n’est pas indifférent. Une dent dévitalisée n’est pas fragile par elle-même : ce qui la fragilise, c’est la quantité de tissu retirée. Sur des dents extraites, le traitement de racine seul ne réduit la rigidité de la dent que de 5 %, contre 63 % pour une grande cavité. Éclaircir d’abord permet de poser ensuite, si besoin, une facette plus fine, donc de préparer moins.

C’est la démarche suivie dans un cas du cabinet : l’incisive dévitalisée a d’abord été éclaircie de l’intérieur pour se rapprocher de sa voisine, puis deux facettes fines ont pu être posées, sans faire porter toute la correction à la céramique.

Quel suivi ensuite ?

Une radiographie de contrôle à distance, pour vérifier la racine ; un regard sur la teinte à chaque visite ; et une retouche si la dent refonce avec les années. Une dent dévitalisée reste une dent à surveiller, éclaircie ou non : une douleur, un gonflement ou une mobilité nouvelle doivent être signalés sans attendre.

Questions fréquentes

Peut-on éclaircir cette dent et les autres en même temps ?

Oui : la dent dévitalisée est traitée de l’intérieur, les autres avec des gouttières. On règle les deux pour arriver à une teinte d’ensemble, et l’on attend qu’elle soit stable avant toute restauration. L’article sur l’éclaircissement décrit le traitement des dents vivantes.

Combien de rendez-vous faut-il ?

En général trois à cinq : l’examen et la pose du premier gel, un ou plusieurs renouvellements espacés d’une à deux semaines, puis la fermeture définitive. Cela dépend de la teinte de départ.

La dent risque-t-elle de casser ?

Pas davantage à cause de l’éclaircissement. Ce qui fragilise une dent dévitalisée, c’est ce qui lui a été retiré. L’ouverture par l’arrière est refermée par un composite collé, et rien n’est touché sur la face visible.

Une dent qui a foncé après un choc ancien peut-elle encore être éclaircie ?

Souvent, oui, même des années après, à condition que la racine soit saine et traitée. Les colorations anciennes et très foncées demandent parfois plus d’applications, et le résultat est moins prévisible.

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