Deux familles, deux gestes de laboratoire.
La céramique feldspathique est montée à la main, couche par couche, par le prothésiste : de la poudre et un liquide, déposés puis cuits, plusieurs fois. C’est la technique la plus ancienne et la plus artisanale, et c’est aussi celle qui autorise les épaisseurs les plus faibles.
Le disilicate de lithium — commercialisé notamment sous le nom e.max — est un bloc de céramique, pressé dans un moule ou usiné par une machine à partir d’un fichier numérique. La pièce sort d’un seul tenant, puis peut être maquillée ou partiellement stratifiée en surface.
Ce que chacune fait mieux que l’autre.
La feldspathique est la plus translucide. Elle laisse passer la lumière comme le fait un émail naturel, et c’est ce qui lui permet de disparaître dans un sourire. Mais la translucidité a une contrepartie : elle ne masque rien. Ce qui se trouve dessous se voit.
Le disilicate de lithium est nettement plus résistant à la flexion — de l’ordre de trois à quatre fois. Il existe aussi en versions plus opaques, capables de couvrir une dent foncée ou dévitalisée. Sa fabrication est plus reproductible, ce qui compte lorsque plusieurs dents doivent être traitées ensemble.
Le support commande, pas le matériau.
Le choix se fait à partir de trois éléments : la teinte de la dent au départ, la quantité d’émail encore disponible pour le collage, et les contraintes que la dent devra supporter. Une dent claire, peu délabrée, avec de l’émail périphérique intact, permet une feldspathique très fine. Une dent foncée, déjà restaurée ou soumise à des forces importantes oriente vers le disilicate.
Ce raisonnement explique aussi pourquoi la question du matériau vient tard. Tant que l’indication, le projet et l’étendue du traitement ne sont pas arrêtés, il n’y a pas de bonne réponse — seulement des préférences.
Aucun des deux ne rattrape une indication discutable.
Les deux céramiques tiennent par le collage, et le collage tient par l’émail. C’est pourquoi la préparation, la quantité de tissu conservée et l’équilibre de l’occlusion pèsent davantage sur la durée de vie que le nom du matériau.
Un patient qui arrive en demandant « des e.max » demande en réalité un résultat. Le rôle du diagnostic est de vérifier qu’une facette est indiquée, puis de choisir ce qui servira le mieux ce résultat — y compris, parfois, de ne pas poser de facette du tout.